• II.      Mélite

     

    Elle revenait du café -comme presque tous les soirs- où elle était allée avaler un mauvais sandwich accompagné d’une tasse de café noir. Comme presque tous les soirs, elle s'était assise à la même table et avait mangé seule, au milieu de toutes ces autres personnes –muettes- autour d’elle. Puis, elle avait un peu parlé avec le patron, du temps qu'il faisait, de cette chaleur qui s'était installée et ne faisait qu'empirer, de la situation du pays qui empirait elle aussi de jour en jour, de toutes ces nouvelles personnes qui arrivaient aux portes de la ville avec à la main seulement de quoi manger pour quelques jours, et qui s'entassaient dans les auberges bon marché, sales et surchargées, ou sur les trottoirs quand il n'y avait plus de place ailleurs. Elle ne s'était pas attardée à rester discuter : elle se heurtait tous les jours aux  mêmes constats, aux mêmes désespoirs... Elle avait payé et remarqué qu'il ne lui resterait pas assez d'argent pour manger jusqu'à la fin de la semaine, puis elle avait hâté le pas pour rentrer chez elle. Elle avait monté quatre à quatre les marches de l'escalier défoncé de l'immeuble, et à peine entrée dans la pièce, elle avait refermé la porte à double tour derrière elle. Maintenant, elle était appuyée contre la fenêtre et regardait la rue, les yeux dans le vide. C’était le moment de la journée où elle se sentait le plus seule : plus encore que lorsqu’elle était assise derrière son bureau à trier d’innombrables dossiers et à mettre en ordre des listes interminables de chiffres, plus encore que lorsqu’elle s’asseyait à la petite table nord du café et qu’elle mangeait son sandwich fade et sans goût, plus encore que lorsqu’elle marchait sur le trottoir au milieu de la foule grouillante et sans visage en rentrant chez elle. Elle changea de fenêtre et s'amusa à compter les étoiles : c'était son jeu favoris quand elle était enfant ; elle pouvait aller jusqu'à en dénombrer des centaines sans se lasser.  Ce soir, bien que le ciel fut clair, elle ne pu en répertorier qu'une vingtaine, hésitantes et sans vigueur. Depuis longtemps, les étoiles se faisaient rares dans le ciel et s’estompaient jusqu’à disparaître.

     

    Elle se rappela du temps où elle aimait les fleurs ; dans le jardin de sa grand-mère, il en poussait de toutes parts, de toutes les sortes et de toutes les couleurs: des rouges aux  fins pétales effilés, des grandes, jaunes, avec des feuilles géantes, des violettes, rondes et lisses... Sa mère aussi en mettait aux balcons de leur appartement ; elle jeta un coup d'œil aux alentours : elle ne voyait plus un seul jardin, plus de fleurs aux fenêtres, à part quelques terrains vagues aux herbes rares, folles, et jaunâtres. Sur les rebords des fenêtres poussaient maintenant en grappes le linge qui séchait...

     

    –Les temps ont changé- se dit-elle avant de se jeter sur son lit et de fermer les yeux.

     

     

     

    III.    Le patron

     

    Il était encore là, en terrasse, dans son beau manteau gris. Une fois de plus, il s’était installé au fond, contre le petit mur bleu à la peinture qui s’écaillait –il faudrait penser à le repeindre cet hiver. Il fumait cigarette sur cigarette, sans doute pour tromper la faim qui le prenait au ventre. Monsieur, dans son beau manteau gris, s’obstinait sans doute à faire remarquer que les plats qu’on servait ici n’étaient pas à son goût –qu’il aille manger ailleurs celui-là !- avait marmonné le patron. Des mèches de cheveux blonds cachaient ses yeux. Malgré la chaleur, il enfouissait son menton sous une épaisse écharpe bleue passée. Le patron avait bien remarqué son manège depuis plusieurs jours : il venait au café tous les soirs, s’asseyait à la même table. Il ne l’avait jamais vu auparavant. Il se demanda bien d’où il sortait. Il buvait café sur café, whisky sur whisky ; discret, silencieux, solitaire. Il parcourait la foule des yeux. Il fallait avouer qu’il était plutôt intrigant, avec ses faux airs de gamin rusé. Que cherchait-t-il là ? Le patron n’avait pas réussi à percer son secret. Peut-être qu’il n’en avait pas. Encore un désœuvré, s’était dit le patron –comme s’il n’y en avait pas assez ici- qui venait épancher son cœur dans un pouce de liqueur brune, au Café des Chansonniers. –Un malheureux de plus au comptoir, ce soir- avait-il pensé. Le jeune homme était malpoli, il ne lui lançait jamais un regard, jamais une parole de remerciement. Il entrait sans dire bonjour, repartait sans dire au revoir, laissant un tas de petites pièces métalliques rangées en ordre croissant sur la table.

    En se pressant vers la terrasse pour ramasser l’addition que l’homme avait laissée à côté de la soucoupe en plastique, le patron avait espéré qu’il ne reviendrait pas le lendemain.

     

     


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  • J'aimerais : trouver l'apostrophe.

     

    Et dans son souffle suspendu, un morceau de rêve entre deux temps.

       

    Je voudrais trouver le L,

     

    diluer les poussières du désert à l'eau salée.

     

    Je voudrais voler le parfum des rivières.

     

    J'aimerais allumer dans la nuit des flammes de pluie,

     

    Je voudrais, sur une fleur d'oranger,

     

    voir la lune dans l'encre bleue d'une goutte.

       

    J'ai envie d'une apostrophe,

     

    D'un élixir de soleil : alchimie de brume et de pluie.

     

    Une prière sur des lèvres rouges feu : trouver la nuit qui court au fond des tes yeux gris.

     

    Derrière les yeux fermés,

     

    Trouver ce qui manque à nos regards.

       

    Un L apostrophe pour L'essentiel.

     

     


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  •  

         Derrière la vitre froide, le vent,

    et l'enfant qui regarde le luthier

    faire sécher ses violons:

     

    des poires en hiver, dans l'arbre mort ! 

     

     

     


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  •  

    La nuit posée dans la chambre

    Le reflet chaud de l'été à travers le miroir 

    Et mon ombre grise.

     

     


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  • Calme imperturbable de la nuit sous la pluie,

    A la lumière de la lune –

    Mi gris, mi bleu.

     

     


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